Le gilet de sauvetage dans le coffre : pourquoi on n'a pas le temps de l'enfiler
Enquête du MAIB : trois personnes à bord d'un RIB, aucune en gilet, deux morts. Ce qu'apporte le gilet dans l'eau, pourquoi ce qui compte n'est pas sa présence mais le fait de le porter, et comment choisir celui qu'on enfilera vraiment.
Le 14 août 2025, dans le port de Portsmouth, le semi-rigide Peaky Blinder a heurté une marque de navigation alors qu'il était en route. Les trois personnes à bord se sont retrouvées à l'eau. Deux sont mortes : l'une a été repêchée immédiatement mais n'a pas pu être réanimée, le propriétaire a coulé et son corps a été retrouvé cinq jours plus tard.
Le Marine Accident Investigation Branch (MAIB) britannique a publié à ce sujet une fiche de sensibilisation distincte pour le secteur de la plaisance. L'alcool et la vitesse sont désignés comme causes de la collision. Mais un point à part y figure : aucun des trois ne portait de gilet de sauvetage, et s'ils en avaient porté, leurs chances de survie auraient été plus élevées.
Pourquoi « il y a un gilet à bord » ne veut rien dire
Entre le choc et l'eau, ce n'est pas du temps qui s'écoule, mais un instant. Dans ce cas, deux personnes ont été blessées et ont peut-être perdu connaissance avant même de se retrouver par-dessus bord.
Le gilet rangé dans le coffre n'existe pas à cet instant. On ne peut ni le sortir, ni l'enfiler, ni le tendre à quelqu'un dans l'eau. L'obligation d'embarquer un gilet par personne à bord est parfaitement respectée — et ne sauve personne.
Le MAIB le souligne directement : la disponibilité des gilets et leur port effectif dans la flotte de plaisance restent faibles, ce qui expose les personnes à un danger sérieux en cas de chute inattendue à l'eau.
Ce que fait le gilet dans l'eau
Trois choses, et toutes trois comptent à des moments différents.
- Il maintient les voies respiratoires au-dessus de l'eau. C'est l'essentiel. On ne se noie pas de fatigue, mais dès la première inspiration d'eau.
- Il économise les forces. Pendant les recherches, la flottabilité travaille à la place de vos bras. Sans elle, tout se joue en quelques minutes.
- Il retourne la personne sur le dos. Pas tous les modèles, mais certains gilets sont conçus pour retourner une personne inconsciente de façon à ce qu'elle puisse respirer.
Ce dernier point distingue le gilet de sauvetage d'un simple dispositif de flottaison. Une personne inconsciente n'est sauvée que par le gilet qui la met lui-même dans la bonne position.
Quel gilet choisir
La garde côtière américaine le résume en une phrase : le meilleur gilet est celui que vous porterez. Tout le reste est secondaire, car un gilet dans lequel on a chaud et qui est inconfortable finira dans le coffre avant midi.
Ce qu'il faut savoir au moment de choisir :
- Les modèles gonflables sont compacts — avant déclenchement, ils ne sont pas plus encombrants qu'une écharpe ou une banane. C'est justement pour cela qu'on les porte en permanence, et non « quand ça forcit ».
- Lisez l'étiquette sans complaisance. Certains dispositifs de flottaison ne sont pas conçus pour les nageurs faibles ou les non-nageurs. C'est indiqué sur le produit, et ce n'est pas une formalité.
- Un gilet d'adulte ne fonctionne pas sur un enfant. Les enfants ont besoin de leur propre taille, et les exigences les concernant varient selon les pays et les États.
- Vérifiez que le gilet soutient la tête. Certaines conceptions sont spécifiquement prévues pour maintenir la tête hors de l'eau et permettre de respirer.
Ce qu'il faut changer sur son bateau
Des mesures simples qui ne coûtent rien.
- Mettez-vous d'accord sur les moments où le gilet est toujours porté : en route, de nuit, seul à bord, en eau froide, par vent frais. Pas « selon les circonstances », mais une liste connue de tous.
- Informez-en les invités avant le départ. Un invité ne connaît pas vos règles et hésite à demander. Sur les bateaux de plaisance, ce sont le plus souvent les invités qui périssent.
- Commencez par vous-même. L'équipage enfile son gilet quand le skipper enfile le sien, jamais avant.
- N'oubliez pas l'alcool. Dans le cas examiné, il est désigné comme l'une des causes principales. Le gilet n'annule pas ce point, il ne fait que laisser une chance.
Le gilet ne rend pas l'eau sûre. Il fait en sorte qu'une chute à l'eau ne se termine pas dès la première minute.
Sources : Marine Accident Investigation Branch, fiche de sensibilisation sur l'enquête relative à la collision du Peaky Blinder ; United States Coast Guard Boating Safety Division, section sur le port des gilets de sauvetage.